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Histoire familiale à la Ferme de Montmiral

À Montmiral, dans la Drôme (26), Fanny et Jérémie ont repris il y a voilà 15 ans l’exploitation familiale. Tranches de vie d’une ferme à taille humaine, où l’on nourrit le village voisin et où l’on fait évoluer l’héritage des grands-parents, dans le respect du vivant.


Au fond de la rue du Châtaigner, la maison de Fanny, Jérémie et leurs trois enfants

En chemin vers la ferme de Montmiral, nous parcourons un paysage vallonné et verdoyant. Exception faite de champs de noyers, dénudés en cette période de l’année : dans ce coin que l’on nomme “ Drôme des collines ", on produit en quantité la fameuse noix de Grenoble.* Nous voilà dans la rue du Châtaignier, ce chemin de terre où vit la famille de Fanny, ainsi que les parents et le grand-père de Jérémie, son conjoint. On y découvre de belles demeures bâties de pierres calcaires, rondes et plates comme des galets. Justement, dans l’habitation du fond, celle de Fanny, Jérémie et leurs enfants, « la première pierre aurait été posée à l’époque de la révolution ». Elle est en cours de rénovation, agrandissement nécessaire pour les parents et leurs trois bambins. Ici, en plus de vivre en famille, on pratique le maraîchage en agriculture biologique, on produit des œufs fermiers et, depuis deux ans, on développe une activité de boulangerie. « Des gens avant nous ont fait un truc superbe, nous confie Fanny. On a à cœur de ne pas l'abîmer, et d'installer quelque chose pour ceux qui suivront. »


Depuis l'exploitation de Fanny et Jérémie, vue sur les collines

Une histoire de famille


« Je ne sais pas si vous aurez matière à raconter quelque chose d’intéressant » nous dit Fanny en nous accueillant. Nous avions choisi de la rencontrer, car on nous avait dit qu’ici, en plus de rénover leur maison avec des matériaux écologiques, ils faisaient « un peu de tout. » On se demandait quel était le fil rouge entre ces multiples activités. En s’asseyant autour de la tisane, on écoute donc Fanny dérouler celui de sa vie.


Non issue du milieu agricole, c’est en milieu rural que la jeune femme grandit. Des vacances en Haute-Savoie, chaque été jusqu’à l’âge de 20 ans, lui donnent le goût des alpages. Après un parcours scolaire classique à Romans-sur-Isère, où elle rencontre Jérémie, elle entame un BTS agricole en gestion et protection de la nature. Alors apprentie gestionnaire d’espaces naturels, elle effectue une grande partie de ses stages en milieu agricole, et en sort convaincue que celui-ci a une « carte à jouer » face aux enjeux écologiques.


Après quelques mois passés avec Jérémie dans un petit camion, et des classes vertes en tant qu’éducatrice à l’environnement - une vocation qu’elle délaisse, après s’être aperçue que « 60 mômes, ça fait 120 moufles. » - son chemin croise celui de Michelle, éleveuse de brebis en Maurienne. Avec elle, elle travaille à la transformation de


fromages. Une rencontre qu’elle nous décrit comme décisive : « J’y ai pris goût à la vie avec les bêtes. » Si elle délaisse ce projet, c’est qu’un autre-et de taille !- se prépare : « Mathilde allait nous rejoindre. » Nous sommes en 2009, et décision est prise de revenir à Montmiral pour accueillir cet enfant. « L’idée, c’était d’être proche des grands-parents. »



La relève


À ce moment-là, Claude, le père de Jérémie, est encore en activité « déjà en bio »* avec un élevage de chèvres, de poulet, un peu d'arboriculture. Max, le grand-père, qui a travaillé à la ferme en son temps, vit aussi sur le lieu. Juste diplômé d’un Brevet Professionnel Agricole (BPREA) en maraîchage, Jérémie reprend 1 hectare pour la production de légumes, et 4 hectares de noyers.


« À 500 mètres d’altitude, sur une terre argileuse… Les gens ont bien ri au début lorsque l’on a dit que l’on voulait faire du maraîchage ! » se remémore Fanny . Pour autant, ils expérimentent et développent une agriculture peu mécanisée, sur une terre qui, de toute façon, supporte mal les engins lourds : « Ça tasse le sol, crée des mottes de terre inutiles. »



Le jardin de la ferme, à la belle saison

Fanny, à son aise parmi les haricots

Quant aux noyers ? « Nous nous sommes employés à les faire mourir ! » raconte-t-elle en riant. « Je crois que ça ne nous intéressait pas vraiment. C’était de la monoculture, mécanisée… On est arrivés pleins de bonnes intentions, avec l’envie de tester des choses nouvelles, sans traitement, avec des bandes enherbées (...) »



Mais avec des arbres accoutumés à d’autres pratiques depuis des années, c’est un échec : le verger meurt, et ce sont autant de terres à investir autrement. « On a décidé d’y faire pousser du blé. » Question d’opportunité, une chose en entraînant une autre, Fanny renoue avec sa passion de la transformation, et se lance dans la production de pain.


Claude ayant pris sa retraite, ce sont aujourd’hui 30 hectares de terre que possède le jeune couple. « Tout n’est pas cultivable. Nous avons 7000 m2 en maraîchage. » Leur volonté étant d’approvisionner en légumes le village voisin, « c’est juste ce qu’il faut. » La distribution se fait en circuit court,* par un système de paniers ainsi que sur le marché de Montmiral, créé à l’initiative de Fanny. « Je voulais m’inscrire dans le village, y créer du lien social. »



Un moment charnière


Quant au modèle économique ? « Nous avons toujours été à l’équilibre. » Une victoire à nos yeux, que Fanny nuance : « Nous avons eu la chance de recevoir du foncier. » Par ailleurs, le couple n’a jamais demandé la Dotation Jeune à l’Installation (DJA), « question d’éducation » et aussi car « il valait mieux que ça parte ailleurs, vers d’autres qui en auraient plus besoin que nous. » Chaque année, avec un solde positif « on gagne le droit de repartir pour une année », et de poursuivre ainsi leur activité tout en agrandissant la famille.










En nous faisant visiter le chantier de rénovation, Fanny énumère : « Ici, c’est la cuisine, là ce sera le salon… Ici, on a mis une porte mais on ne sait pas bien ce que ce sera comme pièce ! » Sur les murs, un enduit terre-chanvre a été appliqué. « Ça n’a l’air de rien comme ça, mais ce sont dix ans de travaux ! »

En arrivant à Montmiral, Jérémie et Fanny ont d’abord vécu en yourte, puis ils se sont installés dans leur maison actuelle, où ils vivent actuellement dans 50 m2 avec leurs trois enfants. Une fois le chantier de rénovation terminé, ils gagneront 100 m2 de confort d’habitat.


La cheminée de l'espace de rénovation, datant de 1868

Dans la serre, de la bourrache

















Lorsqu’on l’interroge sur les difficultés quotidiennes auxquelles elle fait face, Fanny évoque la fatigue. « Nous sommes dans une année de défi. On n'a pas d'autre choix que de donner un énorme coup de collier avec la rénovation de la maison, et le développement de l’activité de boulangerie. » Ayant récemment acquis son propre moulin, la jeune maman se rend encore à Chevrières, à une vingtaine de kilomètres de là, afin de cuire son pain chez Laure, une paysanne boulangère. En alliant un rythme maman-maraîchage-boulangerie, la gestion du temps est parfois difficile. La priorité, pourtant, face aux contrariétés quotidiennes, ce sont les enfants : « Le boulot et la vie de famille sont très perméables. En 2019, avec la grêle, on a perdu toute notre récolte. Les enfants sont témoins de tout ça. » On commence à penser que le fil rouge que l’on cherchait est peut-être simplement là, dans les liens d’une famille nichée au creux de sa vallée.


Petite leçon de vie


« Nos besoins sont comblés » nous assure Fanny. Avoir un peu plus de temps hors de la maison, pourquoi pas, mais pas trop longtemps. « Avant la naissance du troisième, on est partis trois semaines en Thaïlande. C’était top, et en même temps c’était tout ce que je détestais : prendre l’avion, être une touriste (...) En rentrant, on sait pourquoi on a choisi de vivre ici. »


Elle poursuit avec cette anecdote récente, alors qu’elle accompagne sa fille de 14 ans à un examen à Valence. En marchant dans la ville, elle pense « C’était quand la dernière fois que j’ai marché sur un trottoir ? » À milles lieux de cet univers bitumé, en visitant l’exploitation, Fanny s’exprime avec le regard du gestionnaire d’espace naturel : « Ici, je constate qu’il y a plus de diversité végétale, plus de papillons, plus de petites bêtes… » Ici, il n’y a pas qu’une famille d’humains qui s’agrandit : c’est le vivant tout entier qui a le dernier mot.





*l’AOP (Appellation d'origine protégée) Noix de Grenoble représente 74% de la production végétale en Isère. 60% de cette production est exportée.


*En Isère, sur 241 265 hectares de Surface Agricole Utile, 19 000 hectares sont cultivés en bio (soit 7,8% de la SAU)


*En Isère, la distribution en circuit court est une pratique assez développée. Elle concerne une exploitation sur trois.


Source : Chambre d’agriculture de l’Isère



































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